Les souffrances de l'âme

Éditions Contrejour, 1990.


QUELQUES EMPRUNTS D’ÂMES.

Novembre 2022. Cela fait maintenant cinq fois que je me rends en Belgique, au sein du foyer de vie Chrysalis. Ce lieu accueille onze personnes handicapés mentales qui, comme des milliers d’autres, n’ont pas trouvé de refuge en France, soit par manque de structures d’accueil, soit à cause de leurs troubles du comportement.
Ce lieu, au sein duquel sont apaisées bien des détresses, est empreint d’une grande humanité. Il y règne un véritable esprit de famille dans lequel je me sens bien.

A chaque séjour, je restais trois semaines. J’étais en immersion totale. Du matin au soir, je déambulais avec les résidents. Je partageais leur vie quotidienne. Ma chambre, située non loin des leurs, me permettait de ne rater aucun petit moment de vie.

Pour un photographe, vivre dans ce lieu, c’est comme entrer en religion. Cela demande une attention et une disponibilité permanente. Ici on ne triche pas. Chaque photographie se mérite. Point de mitraillage intempestif, mais douceur et délicatesse. On ne vole pas l’image, on l’emprunte avec modestie. Il faut savoir se retirer et poser son appareil photo lorsque la situation s’envenime, rester libre dans sa tête pour saisir au vol un moment d’humanité, tenter de déchiffrer les codes pour entrer dans leur monde. Ne rien forcer. Bref, les aimer.

Ce mystère de la maladie mentale m’a bouleversé. Comment ces personnes hors norme s’approprient – elles ce lieu de vie. ? Comment se manifestent leur souffrance, leur difficulté d’être ? Quelles relations entretiennent elles avec l’équipe d’éducateurs, qui les accompagne dans leur douleur et leur enfermement ?

Beaucoup de questions et bien peu de réponses. Chacun d’eux vit dans un monde dont personne n’a les clefs, un univers incompréhensible, imprévisible et chaotique. Ils déambulent dans leur labyrinthe intime. Parfois ils sont sereins et apaisés. Moment magique, leur visage s’irradie, ils semblent heureux, l’espace d’un instant.

Jean-Louis Courtinat